FESTIVAL
FLUXUS et NEO-FLUXUS - 1963-2003 Nice
11
au 15 septembre 2003
À
NICE FLUXUS CONTINUE : 1963-2003
Par
Charles Dreyfus
Il y a quarante ans, en juillet 1963, Ben reçoit George Maciunas
à Nice, dernière étape européenne pour le méga-activiste-'fondateur'
de Fluxus. Maciunas aura, à sa manière, de mille manières, fortifié
un état d'esprit déjà existant et qui perdure.
S'il
faut mesurer l'impact, du passage Fluxus-Maciunas durant deux
ans en Europe (automne 1961 / été 1963), avant son retour à New
York, un seul mot convient : incommensurable.
En
1958 Ben ouvre à Nice sa boutique Laboratoire 32 - devenue plus
tard Galerie Ben Doute de Tout ( dont on peut admirer la superstructure
dans les Collections Permanences du Centre Georges Pompidou à
Paris). On pourrait écrire des pages et des pages sur la bataille
culturelle Nice/Paris. Pour ne s'étendre que sur la résonance
qu'a pu avoir Fluxus, Nice y sortirait vainqueur, largement vainqueur.
Pour
Paris, le 3 juillet 1962 Sneak of Preview of Fluxus, actions de
rues de Benjamin Patterson avec Robert Filliou en présence de
Maciunas qui a payé le plan et fluxé dessus. Le même jour le décollageur
Vostell invite à vivre un happening sur la ligne de l'autobus
PC : PETITE CEINTURE. En décembre 1962 le Festum Fluxorum Poésie,
Musique et Antimusique évènementielle et concrète qui s'est déroulé
devant une salle vide, et pleine, le dernier soir, pour le Domaine
Poétique.
Ben
rencontre Maciunas à Londres en octobre 1962 au Festival of Misfits
(où Daniel Spoerri avait regroupé Robert Filliou, Addi Koepke,
Gustav Metzger, Robin Page, Benjamin Patterson, Per Olof Ultvedt,
Ben Vauthier - avec un h, Emmett Williams).
Serge
III qui deviendra une figure de Fluxus à Nice, a raconté ce qui
s'est réellement passé, durant ces quelques jours de juillet 1963.
La présence de Robin Page et de sa femme Caroll, par exemple.
Peut-être que dans le catalogue 2003 édité par Ben à ses frais,
et que j'ai oublié de prendre, je peux encore glaner deux ou trois
petites choses, de moi, inconnues.
Mais
l'important reste l'énergie conjuguée de Maciunas et de Ben et
que des petits cousins naissent, et que cela continue. Fait incontestable,
le virus s'est propagé à partir de Nice, en ce qui concerne la
France c'est sûr. Très médiatique, égotique Ben parle tout le
temps, donc beaucoup de l'idée qu'il se fait de Fluxus. Cela ne
tombe pas seulement dans l'oreille des sourds au cours de ses
voyages, il voyage beaucoup et parle différentes langues. Ben
m'a beaucoup reproché et me reproche encore mon texte de 1978
pour Flash Art - fort courte petite histoire de Fluxus - où l'importance
de FluxNice tient dans une seule phrase. Il trouve le moyen en
2003 pour le catalogue Fluxus Continue 1963-2003, de reprendre
(comme acte Fluxus) le catalogue de l'exposition itinérante de
la collection de Gino Di Maggio qui date de 1979, et d'y rajouter
des pages sur Nice. Mon unique phrase n'y a pas grandi d'un pouce,
cela va de soi. Aujourd'hui je répare.
Depuis
longtemps je ne m'étonne plus de rien. Le 28 juin dernier au Ritz,
lors d'un interview Yoko Ono me conte toute son intimité intellectuelle
avec Maciunas. Je suis dans le train de retour de Nice alors qu'elle
refait sa Cut piece à Paris. Les quatre jours précédents il y
avait six fluxhistoriques pour fêter Ben et la continuation de
quelque chose qui a toujours existé et qui a su sous diverses
formes nous (me) donner jusqu'en septembre 2003 optimisme et joie.
Merci
pour le Ben qui sait tenir la draguée haute à Paris. L'an dernier
pour les quarante ans de Fluxus avant Nice, j'avais organisé des
concerts Fluxus dans les Musées de Strasbourg et de Marseille
; dans la foulée Bertrand Clavez avait obtenu la Ménagérie de
Verre à Paris. Ben présent en province déclina la Capitale. Merci
pour le Ben qui a toujours su porter, durant quarante ans le flambeau
de Fluxus très haut. Oui, d'abord, merci à Ben, pour la diversité,
la générosité, l'équilibre savant et à Annie pour son abnégation
et sa compétence. Quatre jours pleins où les jeunes artistes de
La Station, avec Eva (la fille de Ben) ont géré à merveille la
logistique. Six Fluxus historiques ont fait le déplacement (Eric
Andersen, Geoffrey Hendricks, Alison Knowles, Larry Miller, Ben
Patterson, Takako Saito). Les amis de Fluxus, collectionneurs,
galeristes, écrivains promoteurs Fluxus > (Gino et Viviana Di
Maggio, Enrico Pedrini, Caterina Gualco, Eric Fabre, Christian
Xatrec, Michel Giroud, Julien Blaine, Arnaud Labelle-Rojoux, Nicolas
Feuillie, Bertrand Clavez), les cousins germains et cousins issus
de germain (Olga Adorno, Doc(k)s, le Garage 103 d' Olivier Garcin,
le Cirque Divers de Liège avec Antaki et Jacques Lizène, Alain
Snyers, Jacques Halbert, Catherine et Jacques Pineau, Pierre Tilman,
Max Horde, Alain Biet, les Insupportables, et un très jeune performeur
de Seatle Marc Owen).
Une
grande famille, en somme, heureuse de se retrouver et de déambuler
quatre jours durant, de bonne surprise en bonne surprise, et de
se retrouver chaque soir dans un restaurant différent. Une grande
convivialité avec une conférence de presse, débat, conférence,
discours allégés à la sauce Fluxus. A l'inauguration du Mamac,
Ben annonce qu'il se présente à la Mairie et demande au Maire
de l'aider à cette lourde tâche. Visite improvisée de la Galerie
Scholtès. Carte Blanche à Marcel Alocco. 'Fluxus un état d'esprit'
le dimanche jour de fermeture. Un magasin de souvenirs délivre
pendant une heure des certificats Fluxus à n'importe quel objet
acheté. Ben Patterson pour le vernissage de son exposition au
Le 15 organise un match de Balmington très joyeux sur le trottoir,
avec fusils à eau et parapluies. Ruy Blas inaugure son nouveau
banc galerie. Max Horde lit un message de la conférence de Cancun
demandant aux pauvres de rester pauvres pour que le système capitaliste
ne se casse pas la gueule. Michel Giroud, le coyote colporteur,
ne se sépare jamais d'un immense sac à dos, rempli des livres
Fluxus de sa collection L'écart absolu, qu'il vend. Alain Snyers
et Jacques Halbert reproduisent à l'identique une performance
de 1976 réalisée au Centre Pompidou où ils invitent le public
à boire et à manger des gâteaux. Snyers fait signer des tonnes
de manifestes pour RIEN qui n'engage à rien. Le Garage 103, par
des grands agrandissements de Doc(k)s, remémore l'histoire de
la C.I.A. avec un 11 septembre assassin, pour le président élu
Aliende. La collection Fluxus d'Enrico Pedrini, à la Galerie Alain
Couturier (tenu par le Frère Benoit un dominicain organisateur
de la nuit des galeries de Nice en même temps que Fluxus), un
choix très pointu - avec un George Brecht époustouflant - contrebalançait
la carte blanche à Ben, exposition de groupe foutoir et pleine
d'humour de toutes sortes, à la galerie Soardi (ancien atelier
de Matisse).
L'exposition
du Mamac encore une autre dimension avec un petit côté didactique,
cher à Ben. Des films ont bien sûr été projetés. Robert Filliou,
au Cinéma Mercury, les films Fluxus en permanence dans l'hôtel
le plus branché Hi-Hôtel, et toute une nuit avec couettes et performances
à l'espace Delille, sans oublier les films de Biet et Lizène au
Mamac. J'arrête là pour les expositions. Il y avait encore l'exposition
Doc(k)s, Julien Blaine chez Mataraso, Snyers et ses annonces publicitaires
détournées pour le milieu artistique sur les vitrines de la Galerie
Art 7 située juste à côté d'une agence immobilière et à l'intérieur
les peintures de cerises et de petits pois d' Halbert. Quelques
autres grands moments sur l'esplanade entre le musée et le théâtre,
après le vernissage de l'exposition au Mamac et le concert historique
au Théâtre de Nice. La pièce de/ou pour John Cage : un piano est
déposé au sommet d'un autre piano à quatre vingt dix degrés. Le
Cirque Divers avec son camion brasserie où la bière coule à flot.
Paper Piece de Patterson où le public est noyé et se noie dans
du papier et le son qu'il produit. Au Théâtre concert hyper classique
avec les six Fluxushistoriques, plus, Ben et moi et de jeunes
musiciens du Conservatoire. Standing ovation pour des pièces écrites
entre 1957 et 1964.
Sur
l'herbe du terre-plein de la Place Garibaldi au milieu de la circulation
automobile intense, dans une lumière crée par la réflexion du
soleil sur des miroirs, au pied de la statue de celui qui combattit
les allemands à Dijon, du Fluxus plus symbolique avec l'aide d'un
arbre penché (Knowles, Miller). Encore des souvenirs inoubliables,
le samedi matin, oui le matin, rue Paganini, au Théâtre de la
cité. Des pièces courtes de deux minutes, d'une grande intensité.
Mais un grand final le dimanche 14 septembre à l'église du Frère
Benoît, surveillé tout de même par deux autres Frères. Tout fût
permis à Saint-François de Paule, situé en face de l'arrière de
l'Opéra, sauf de manger dans l'église (les gnocchis au pistou
cuisinés - comme performance - à l'intérieur de l'édifice par
Caterina Gualco): Confession par Eric Andersen, poirier par Goeffrey
Hendricks, encoconnage d'Alison Knowles par Ben, expériences genesthetics
de Larry Miller, Ave Maria chanté par Ben Patterson. On a pu manger
les gnocchis à l'extérieur alors que le public se tenant par les
épaules sortait de l'église en traînant des pieds (la piece Shuffle
de Knowles) en longeant l'Opéra pour se retrouver sur la Promenade
des Anglais en face de la mer.
Et
pour terminer un peu de théorie trouvée dans l'exposition re-formulation
quantique (la collection de Pedrini) de Pedrini lui-même : " La
découverte de Kronberg (1957) qui donne la possibilité de construire
in vitro une molécule d' A.D.N., après que Watson et Crick aient
mis en évidence le modèle de sa structure en 1953, ouvre la porte
au développement de la génétique. La Théorie Quantistique, après
les premiers succès obtenus en 1927 avec le principe de l'Indétermination
de Heisemberg, le principe de Complémentarité de Bohr, la remise
en discussion du déterminisme cause-effet, la nouvelle formulation
du concept de matière quantique, l'ouverture sur le domaine de
la négativité par l'intermédiaire de la dimension de la matière,
a développé un domaine très vaste du savoir à partir duquel les
artistes ont pu opérer une dé-qualification des images, une invasions
des espaces et des spécifiques. Fluxus a également représenté,
à un niveau très poussé, la dissolution ou du moins la raréfaction,
de la conscience historique du continuum en une conscience anthropologique
avec le déclin progressif de toute philosophie de l'histoire et
de tout historicisme, et l'a remplacée petit à petit par l'existence
historique comme résolution du monde (Löwith), pour amener enfin
à celui de l'existence utopique ou le monde n'a ni lieu propre,
ni définition précise propre ; il ne peut plus être circonscrit
à l'intérieur d'un cadre qui lui est propre ; il n'est plus justement,
'le
lieu de l'histoire' ".
Charles
Dreyfus, septembre 2003
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Installation
pour la performance de Geoff Hendricks

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Headstand
de Geoff Hendricks, parvis du Mamac de Nice
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Vue
de l'exposition au Mamac de Nice, 2003
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Photos
de Bertrand Clavez